La ministre de la Culture avait annoncé en Conseil national des territoires pour la culture (le 8 septembre 2026) la création d’un groupe de travail sur les missions et les cahiers des charges des labels. Cette annonce a été confirmée le 9 octobre à Lille devant le réseau des Fonds Régionaux d’Art Contemporain (Frac). Les Régions le réclamaient depuis deux ans.
Il y a en Bretagne des gens qui n’avaient jamais eu voix au chapitre dans une institution culturelle et qui siègent aujourd’hui à Société mouvante, l’instance citoyenne du Frac, où l’on débat très sérieusement de ce que la collection publique devrait accueillir. On a baptisé leur comité Collection commune, manière élégante de rappeler que l’art appartient aussi à ceux qui n’ont pas appris à le regarder. Dans le Grand Est, trois Frac ont envoyé des artistes s’installer quelque temps dans douze lycées agricoles. Ils y ont parlé avec les élèves de ce que deviennent les champs et ceux qui y travaillent, un sujet que ces jeunes gens connaissent mieux que la plupart des experts. Le service public de la culture commence à cet endroit précis, quand quelqu’un qu’on n’attendait pas découvre qu’il a son mot à dire.
Ces projets, les Frac les portent avec les Régions, qui assurent près de la moitié de leur financement public, une part sans équivalent parmi les labels. Ils les mènent pourtant dans un cadre devenu étroit. Leur cahier des missions et des charges n’a pas bougé depuis la refonte des labels de 2016. Il ignore la conservation, devenue une charge considérable après quarante ans d’acquisitions et des réserves saturées et attend la même chose d’un Frac implanté dans une région très urbaine, rurale ou ultramarine.

Les Régions ont fait de cette révision l’un des chantiers prioritaires de leur Commission déléguée Culture. Pendant deux ans, elles ont enquêté sur leurs financements, auditionné élus, chercheurs, parlementaires, organisations syndicales et réseaux professionnels, Platform compris (l’association Platform réunit les vingt-deux Fonds Régionaux d’Art Contemporain), puis réuni un groupe de travail sur les labels qui a publié en juillet ses propositions. Ce travail a porté. La ministre, Catherine Pégard, a annoncé l’ouverture d’un groupe de travail et Christopher Miles, directeur général de la création artistique, a jugé à Lille cette évolution « souhaitable et possible ».
Le 9 octobre, à Lille, le réseau des Frac s’est réuni et en ouvrant la journée, Catherine Morin-Desailly, présidente de la Commission déléguée Culture de Régions de France, a rappelé qu’en étant nés décentralisés et coopératifs, les Frac « ont quarante ans d’avance sur bien des institutions culturelles ».
Au sein de ce groupe de travail, les Régions défendront une révision qui inscrive la conservation des œuvres parmi les missions des Frac et laisse à chacun la liberté d’adapter ses priorités à sa collection et à son territoire. Elles y garantiront l’autonomie artistique des directions et des comités d’acquisition, que la loi protège et qu’elles soutiendront d’autant plus qu’elle est contestée. Mais elles le feront aussi avec lucidité car le projet de loi de finances pour 2027 ne leur permettra pas de soutenir davantage les Frac.
Régions de France a invité le réseau des Frac à lui faire part de ses préconisations avant l’ouverture des travaux avec le ministère. Ce qui s’écrira dans les prochains mois impactera durablement la manière dont les collections publiques continueront de rencontrer ceux et celles à qui elles appartiennent.