Les collectivités jouent un rôle central dans l’atteinte des objectifs climatiques de la SNBC (Stratégie nationale bas-carbone). Elles ont investi 7,9 Md€ en 2023, soit +45 % depuis 2017. Les investissements climat des régions ont triplé depuis 2017. Ils représentent en moyenne 20 % des investissements régionaux entre 2017 et 2023, une proportion supérieure à celle des autres strates de collectivités. Les investissements climat des régions sont principalement consacrés au ferroviaire.
Le financement des investissements régionaux s’est profondément transformé. L’épargne nette, qui représentait 44 % du financement des investissements en 2019, n’en représente plus que 27 % en 2025. Les subventions et participations d’investissement sont désormais le principal levier (42 %), tandis que le recours à l’emprunt progresse (31 %).
L’autonomie fiscale régionale s’est également réduite. La TVA représente désormais 52 % des ressources régionales, tandis que la taxe sur les certificats d’immatriculation constitue le principal levier fiscal encore maîtrisé par les régions. Toutefois, 8 régions ont déjà atteint le plafond de 60 €/cheval fiscal, limitant les marges de manœuvre.
Les régions subissent par ailleurs des ponctions croissantes de l’État : après une baisse de 1,5 Md€ de DGF entre 2014 et 2017, elles ont supporté 1,7 Md€ de ponctions au titre des deux dernières lois de finances. Elles représentent ainsi 21 % de l’effort demandé aux collectivités en 2025 et 25 % en 2026, alors qu’elles ne représentent que 12 % des produits et 11 % des charges de fonctionnement des collectivités.
Cette situation se traduit par :
- une baisse des dépenses de fonctionnement de 0,7 % en 2025 (-1,6 % en euros constants) ;
- une épargne nette toujours inférieure à son niveau d’avant-crise ;
- une baisse des dépenses d’investissement de 8,6 % en 2025 (-1,3 Md€) ;
- une trésorerie limitée à 8 jours de dépenses de fonctionnement ;
- un délai de désendettement passé de 4,3 ans en 2019 à 6,1 ans en 2025, le niveau le plus dégradé parmi les strates de collectivités.
Si les besoins en investissements climat sont bien réels et chiffrés, les moyens financiers des régions restent extrêmement contraints. Pour les régions ultramarines, la situation est d’autant plus complexe qu’elles doivent à la fois décarboner leur économie, s’adapter à des événements climatiques extrêmes (cyclones, etc.) et moderniser des infrastructures, alors que leurs budgets sont clairement insuffisants.
L’étude teste deux scénarios d’augmentation des investissements climat :
- Scénario « au fil de l’eau » : avec une hausse tendancielle des investissements de 2 % par an, le financement reposerait principalement sur l’endettement. L’encours de dette atteindrait 50 Md€ en 2030, soit +10 Md€.
- Scénario « climat » : pour atteindre 5 Md€ d’investissements climat en 2030 (respect des engagements de la SNBC), les tensions financières s’accentueraient fortement : l’épargne brute diminuerait de 20 %, le besoin de financement dépasserait 6 Md€ et les emprunts approcheraient 10 Md€, portant la dette à 63 Md€.
Les deux scénarios révèlent une impasse financière. Pour investir, le seul levier disponible des régions est l’emprunt. Pire, le scénario « climat » est insoutenable financièrement pour les régions, le délai de désendettement augmenterait à 12,5 ans, bien au-delà du seuil prudentiel de 9 ans.
Les ambitions climatiques apparaissent difficilement compatibles avec la trajectoire actuelle des finances régionales et totalement incompatibles avec une nouvelle participation des régions au redressement des comptes publics. En l’absence de ressources nouvelles, l’accélération des investissements nécessaires au respect des engagements de la SNBC pèserait trop fortement sur l’endettement des régions, compromettant la soutenabilité financière de celles-ci, en totale contradiction avec les objectifs du gouvernement de diminuer le ratio de dette publique.