Face aux épisodes caniculaires qui ont frappé la France cet été, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, plaide pour qu’aucune politique climatique ne soit pensée isolément.
Canicules, sécheresses, incendies, inondations, cyclones : chacun mesure désormais que le changement climatique est une urgence démocratique, économique et sociale. Il nous oblige à revoir notre manière de produire, de nous déplacer, d’habiter nos territoires, de préserver nos ressources naturelles. Ma conviction est que la réponse à cette urgence ne réside pas dans la refonte de la carte des Régions, qui prendrait encore dix ans à être opérationnelle, ni d’ailleurs dans la création d’« éco-Régions ».
Redessiner la carte régionale autour de la politique de l’eau, bien qu’essentielle, serait circonscrire la transition écologique au seul sujet de la gestion de l’eau, au moment où les Régions doivent concilier la transition écologique avec les politiques de mobilités, d’habitat, d’énergie, d’industrie, de biodiversité, d’agriculture, d’emploi, de formation et d’aménagement du territoire.
Aucune de ces politiques ne peut être pensée isolément. Toutes doivent être conduites ensemble. Une Région n’est pas une « simple » agence de l’eau élargie. Elle est un espace de gouvernance démocratique et de solidarité territoriale qui relie entre elles toutes les politiques qui conditionnent la réussite de la transition écologique.
L’enjeu n’est donc pas de substituer une géographie à une autre mais de donner aux Régions les moyens juridiques et financiers pour conduire la transition écologique des territoires dont nous avons besoin. Car, contrairement à l’idée avancée par Jean-Luc Mélenchon, les Régions ne sont pas des collectivités de « l’ancien monde ». Les Régions se trouvent en première ligne de la transformation écologique et de la sauvegarde de l’emploi dans les bassins de vie.
Investir massivement
Elles investissent plus de 15 milliards d’euros par an dans les mobilités, plus de 2 milliards d’euros à l’aménagement durable et à la transition écologique. Elles financent 59 parcs naturels régionaux, structurent et soutiennent les agences régionales de la biodiversité.
Hélas, jamais leurs marges de manœuvre n’ont été aussi contraintes. En deux lois de finances, l’État a prélevé brutalement 1,7 milliard d’euros sur les budgets régionaux, alors même que les Régions ne représentent que 1 % de la dette publique nationale et que les besoins sont flagrants. Le coût du transport ferroviaire pourrait à lui seul augmenter d’un montant cumulé de près de 3 milliards d’euros entre 2023 et 2029. Si nous voulons aller vers un modèle de transports décarbonés, accessible à tous dans les territoires, il nous faut alors pouvoir investir massivement.
La transition écologique mérite donc mieux qu’un énième débat stérile, qu’une énième refonte, dictée sur un coin de table à Paris, de la carte de nos Régions, dessinée il y a à peine dix ans. D’ailleurs, dix ans, c’est aussi l’âge de l’accord de Paris sur le climat. Bien qu’il puisse nous paraître bien lointain, après trop d’années de reniements au sommet de l’État, notre devoir est de continuer à porter haut ses ambitions.
La présidente de Région que je suis y veille et y veillera encore davantage demain, car la transition écologique est l’affaire de toutes celles et de tous ceux qui agissent, avec humilité mais détermination, à offrir un avenir meilleur et une Terre habitable aux générations futures.
Carole Delga, présidente de Régions de France