mardi 27 octobre 2020
18 septembre 2020

Sud: pas de journées du patrimoine, mais une belle histoire à raconter !

L’Hôtel de Région des Bouches-du-Rhône se préparait à accueillir de nombreux visiteurs pendant le traditionnel troisième week-end de septembre dédié aux Journées européennes du patrimoine. Malheureusement, en raison du contexte sanitaire actuel, la prudence a prévalu et les Journées européennes du patrimoine 2020 sont annulées. Pour autant, rien ne vous empêche de vous plonger dans l’histoire de l’Hôtel de Région. C’est parti pour une petite visite à distance !

Sud, Région, Patrimoine, Histoire

Un site millénaire

L’Hôtel de Région, situé à Marseille, est constitué de deux bâtiments : « Les Présentines » qui abrite les services supports de l’institution et « La Rotonde », où se situent les bureaux des élus et l’hémicycle. Ces deux constructions ont été érigées entre 1984 et 1991 dans le quartier de la Butte des Carmes.

Imaginez… À cet emplacement, il y a 160 ans, se trouvait une… colline ! Elle fut percée dans les années 1860 pour permettre la création de la rue de République puis arasée au début des années 80 dans le cadre de l’opération de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) Sainte-Barbe. La colline de la Butte des Carmes constituait l’un des plus anciens sites habités de la cité phocéenne. Des fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour des habitations datant de l’Antiquité grecque et surtout des déchets de cuisson de céramiques qui attestent que la butte fut, jusqu’à l’époque romaine, occupée par des ateliers de potiers.

Le bâtiment des Présentines

Il est érigé sur le site de l’ancienne prison du même nom. Construit de 1820 à 1823 par l’architecte Michel Robert Penchaud (à qui l’on doit aussi l’arc de triomphe de la porte d’Aix à Marseille ou encore l’hôpital Caroline sur l’île de Ratonneau de l’Archipel du Frioul), l’établissement pénitentiaire a exclusivement accueilli des femmes détenues jusqu’en 1943. Pendant la Seconde guerre mondiale, plusieurs résistantes y ont été incarcérées, parmi lesquelles Raymonde Tillon-Nédélec et Mireille Lauze. Au début des années 80, les bâtiments de la prison sont rasés dans le cadre d’une opération d’envergure de réhabilitation du quartier.

L’acqueduc de l’Huveaune

Il a été construit au XIIe siècle pour alimenter en eau la population grandissante du centre de Marseille qui ne pouvait plus se contenter des seuls puits. L’aqueduc conduisait l’eau captée de diverses sources depuis le quartier de la Pomme jusqu’au coeur de la ville. Devenu obsolète en 1849, après la mise en service du Canal de Marseille qui alimente tous les quartiers de la ville avec les eaux de la Durance, il est peu à peu abandonné puis comblé et détruit. Il en subsiste seulement une arche en arc brisé située sur le Parvis de l’Hôtel de Région.

Le Khatchkar

Don de la ville arménienne d’Etchmiadzin à la Région,il trône également sur le parvis. Cette « pierre à croix » est une stèle sculptée d’une croix et accompagnée d’un décor ornemental, spécifique de l’art arménien.

La Rotonde, un patrimoine architectural contemporain

Opération d’envergure à l’entrée de la ville de Marseille, le concours pour la deuxième tranche de l’Hôtel de Région fait suite au premier bâtiment « Les Présentines » achevé en 1987 par l’architecte Jean-Michel Battesti. C’est l’architecte Claude Parent qui est choisi pour cette deuxième phase de construction.

Associé pour l’occasion aux architectes marseillais Christian Biaggi et Bruno Maurin, il doit à la fois insérer ce nouveau bâtiment à celui des Présentines tout en asseyant l’autorité régionale que doit revêtir l’ensemble.
L’Hôtel de Région constitue également l’une des pièces maîtresses de la restructuration du quartier de la Butte des Carmes, devenu l’un des points d’entrée de la ville grâce à l’Autoroute nord. Sur un terrain où cohabitent architecture ancienne (l’aqueduc de l’Huveaune) et moderne (Les Présentines), le bâtiment de la Rotonde se compose de plusieurs éléments : une salle plénière de 450 places dont le toit est constitué d’un amphithéâtre extérieur, la cour d’honneur, le bureau du Président et ceux des élus, des salles de réunion, une salle à manger et un salon de réception.

L’ensemble s’articule autour d’un vaste hall d’entrée semi-circulaire sous verrière baptisé l’Atrium. De cet atrium baigné de lumière, la circulation entre les différents étages des bureaux des élus se fait à l’aide de rampes à 5 % d’incidence, trois niveaux décalés permettant de passer d’un étage à l’autre sans jamais emprunter de marche d’escalier. Il s’agit là de la matérialisation du concept cher à Claude Parent : « la fonction oblique ». Les matériaux choisis pour la réalisation de l’édifice (béton et verre) restent classiques et sobres et contribuent à exprimer selon Claude Parent « le prestige et l’autorité » qui doivent émaner d’une institution.

Des oeuvres d’art au coeur de l’institution

Trois artistes ont été sollicités lors de l’appel d’offres passé pour la réalisation de la Rotonde : André Gence pour les murs de carreaux de verres colorés, Christian Jaccard pour les tapisseries qui ornent l’hémicycle et Max Charvolen pour la fresque située dans le salon d’honneur.

Un dialogue entre lumières et structures bâties

Artiste peintre et sculpteur, né à Marseille en 1918, le père André Gence, prêtre de la mission de France ayant assuré un long ministère dans le diocèse de Marseille, est un artiste mondialement connu. Décédé en 2009, ses peintures ont été exposées dans les plus grands musées, notamment aux États Unis ou au Japon. C’est lui qui a conçu le design des murs de carreaux de verres de couleur traités « façon vitrail » que l’on peut voir dans l’hémicycle et dans l’Atrium.

Des tapisseries modernistes dans l’hémicycle

Christian Jaccard, né en 1939 à Fontenay-sous-Bois, est un artiste franco- suisse dont le travail explore l’interaction du feu avec différents supports. C’est aussi l’un des artistes contemporains qui apporte une nouvelle réflexion sur le textile et la tapisserie. Son oeuvre s’organise autour de deux axes : les noeuds et la combustion. Il réalise des traces, des empreintes, résultat de pliages, tressages, ligatures, brûlures et calcinations. Les tapisseries situées derrière le perchoir de l’hémicycle sont un parfait exemple de ces techniques combinées. Elles dialoguent harmonieusement avec les lumières des plafonniers tubulaires dessinés par Claude Parent.

Une fresque conceptuelle dans le Salon d’Honneur

Max Charvolen, né en 1946 à Cannes, possède une formation en art et en architecture. Depuis 1967, son travail joue sur cette double préoccupation, architecture et beaux-arts, qu’il explore notamment
avec l’outil informatique. Des éléments de la fresque qui orne le salon d’honneur sont ainsi gravés sur les piliers qui entoure l’espace de réception.
Il en est de même au sol où l’on retrouve traits jaunes, bleus et rouges qui semblent s’être échappés de l’oeuvre murale.

Consulter l’article

Partager cet article :

About emmanuel georges picot

  • Email