lundi 04 juillet 2022
17 mai 2022

Nouvelle-Aquitaine : Agri-solaire – imaginer le photovoltaïque de demain

agri-solaire , photovoltaïque, transition écologique, énergétiqueL’agri-solaire consiste à couvrir certaines cultures ou élevages de panneaux photovoltaïques fixes ou orientables. Première région agricole française, la Nouvelle-Aquitaine entend structurer cette filière pour conforter son engagement dans la transition énergétique.

Avec ses 59 000 exploitations et ses 293 signes de qualité, la Nouvelle- Aquitaine est la première région agricole française, la seconde en valeur économique au niveau européen. Selon les projections du GIEC, c’est également celle qui sera la plus impactée par les conséquences du changement climatique : hausse des températures, raréfaction de l’eau, augmentation des aléas météorologiques comme les gelées tardives ou les périodes de sécheresse.
Des phénomènes déstabilisants pour les cultures, auxquels il s’agit de s’adapter au plus vite. Au-delà, il importe aussi d’atténuer le changement climatique en travaillant sur ses causes. La limitation des émissions de gaz à effet de serre n’est donc plus une option mais une nécessité, de même que la lutte contre l’altération de la biodiversité, autre menace environnementale majeure.
Autant d’objectifs en phase avec la feuille de route Néo Terra dédiée à la transition énergétique et écologique adoptée par la Région en 2019.
Partant de ces constats, la Région a décidé de développer et structurer une filière agri-solaire. L’objectif est triple :

  • développer les énergies renouvelables en investissant dans le photovoltaïque,
  • tirer bénéfice du rôle protecteur des panneaux pour les cultures (protéger du gel ou des rayonnements solaires par exemple)
  • permettre aux exploitations agricoles de diversifier leurs sources de revenus.

Et ce, en tenant compte des impacts sur les paysages, de l’acceptabilité sociale des projets et de la question de la pression foncière. En 2019, la Nouvelle-Aquitaine a été la première à lancer un appel à projets (AAP) sur l’agri-solaire afin d’expérimenter des projets innovants de couplage de cultures ou d’élevage à du solaire photovoltaïque. Son soutien s’est monté à 1,1 million d’euros en 2020 pour cet appel à projets qui a vocation à être reconduit annuellement.
Toutes les phases des projets peuvent être soutenues : des études de faisabilité aux investissements, jusqu’aux campagnes de mesure quantitatives et qualitatives.

Des solutions appliquées aux cultures…

Vitisolar 2 est l’un des projets retenus. Il consiste à développer et tester une solution agri-voltaïque innovante pour le secteur viticole. Des panneaux photovoltaïques bifaces orientables seront ainsi installés fin 2022 sur 2 000 m2 de vignes au cœur du site Inrae de Villenave-d’Ornon (33). Leur impact sera étudié pendant cinq ans, tant au niveau de la plante (croissance, eau, maladies), de la biodiversité (sol, faune et flore), des qualités organoleptiques du vin, que de la compatibilité avec les gestes agricoles. Ce projet scientifique transfilière est porté par plusieurs partenaires : à la coordination, le groupe EDF, qui gère également le volet énergétique, participe au développement de la structure solaire et de l’algorithme de pilotage des panneaux. L’Inrae se concentre sur l’impact sur les cultures (lire ci-dessous l’interview du président Abraham Escobar-Gutiérrez) et Exosun (groupe ArcelorMittal) sur la réalisation de la structure. La Chambre d’agriculture de la Gironde et la Fédération régionale des CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole) sont également associées à cette démarche collaborative qui prévoit un dialogue constant avec les professionnels de la filière viticole, les citoyens et les collectivités.

Mais aussi à l’élevage

D’autres projets en lien avec l’élevage sont d’ores et déjà soutenus ou à l’étude. Le bénéfice des panneaux pour l’exploitation serait alors d’offrir des zones d’ombre aux ovins et bovins, de maintenir une humidité au sol pour favoriser la croissance de l’herbe, d’améliorer le confort des poules pondeuses et de les protéger de la prédation. Dans le cas des canards gras, ces panneaux pourraient également constituer une protection de type sanitaire pour limiter les risques de transmission de l’influenza aviaire par les oiseaux migrateurs. Autant d’expérimentations qui restent à mener pour imaginer le photovoltaïque de demain.

En chiffres

  • 7 projets soutenus par la Région dans le cadre de son premier appel à projets agri-solaire.
  • 1.1million d’euros d’aides attribuées en 2021 s’élèvent à 1,1 million d’euros. Elles concernent des études, des investissements et des campagnes de mesure des résultats

Questions à…

Abraham Escobar GutiérrezPrésident du centre Inrae Nouvelle-Aquitaine-Poitiers
Pour l’Inrae, en quoi consiste l’expérimentation Vitisolar ?
Nous nous intéressons spécifiquement au comportement des plantes : nous cherchons à savoir quel impact les panneaux photovoltaïques placés dans les cultures peuvent avoir sur leur développement. L’interception de rayonnement permet de produire de l’électricité mais, en fonction du moment auquel elle a lieu, elle peut être bénéfique pour la plante ou lui être fatale.
Quel est le rôle de l’Inrae ?
Nous récupérons de l’information, des données, afin d’inventer le système agri-photovoltaïque du futur, c’est-à-dire trouver la bonne combinaison entre surface et configuration des panneaux, et les cultures. Vitisolar fait partie du Pôle national recherche et innovation sur le photovoltaïsme de l’Inrae. C’est un très beau projet collaboratif public-privé.
Vitisolar se concentre sur la vigne ?
Oui. À partir de fin 2022, nous allons étudier les effets des panneaux photovoltaïques sur le fonctionnement de la vigne, sur la qualité du raisin, mais aussi sur celle du vin. Pour cela, nous allons faire des micro-vinifications. Parallèlement, nous suivrons l’évolution de la biodiversité dans la parcelle et le fonctionnement physiologique de la plante, de même que son utilisation de l’eau. Nous travaillons sur une vieille parcelle, car il était important d’avoir un historique d’au moins dix ans.
Existe-t-il d’autres volets à cette expérimentation ?
En plus des aspects rayonnement et fonctionnement des plantes, d’autres collègues travaillent sur l’acceptabilité sociale et sur les aspects de responsabilité sociétale et environnementale. Notre équipe est multidisciplinaire, nos unités sont notamment associées à l’université de Bordeaux et à Bordeaux Sciences Agro.
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