jeudi 25 février 2021
16 février 2021

Normandie: les tiers-lieux, de nouveaux espaces pour travailler autrement

On les appelle “tiers-lieu” pour “troisième lieu” : ni la maison ni le bureau, mais un peu des deux, le fonctionnel du bureau conjugué au confort de la maison. On les désigne aussi par le terme d’espace de coworking, avec ou sans fablab… En Normandie comme ailleurs, ils se sont multipliés ces dernières années. Ils sont le reflet d’une nouvelle dynamique entrepreneuriale et des nombreuses mutations à l’œuvre dans les pratiques de travail. À quels besoins répondent-ils ? Qui sont leurs utilisateurs ? En quoi la crise sanitaire a-t-elle impacté leur activité ? Visite guidée et galerie de portraits…

 3 bonnes raisons de fréquenter un tiers-lieu

  1. Séparer vie professionnelle et personnelle : quand on travaille à la maison, on est un peu tout le temps au boulot. En se rendant le matin sur un lieu de travail, on protège davantage sa vie privée.
  2. Disposer de locaux et de matériels performants : à la maison, on n’a pas toujours un super photocopieur ou une salle de réunion. L’espace de coworking est là pour en fournir.
  3. Sortir de l’isolement : les espaces de coworking permettent de rencontrer toutes sortes de gens qu’on n’aurait pas l’occasion de croiser autrement : entrepreneurs, travailleurs indépendants, professions libérales, artistes en free lance, étudiants, artisans, demandeurs d’emploi, salariés d’entreprises de tous secteurs…

De nouveaux enjeux

A l’heure où la crise du Covid-19 a entraîné la généralisation du télétravail, tout en mettant en évidence ses limites, notamment en termes de rupture du lien social et d’isolement, il apparaît plus que jamais essentiel de développer des lieux alternatifs, capables de répondre à des besoins multiples. A la fois espaces de travail, d’expérimentation, d’innovation et de formation, les tiers-lieux permettent aussi de réduire les déplacements domicile-travail et d’économiser les ressources de la planète, autre priorité majeure à l’échelle mondiale. D’abord concentrés dans les grandes villes, les tiers-lieux offrent par ailleurs une vraie réponse aux problématiques de lutte contre la fracture numérique, d’aménagement et d’attractivité des territoires ruraux.

Des valeurs communes

Plus que de simples bureaux ou centres d’affaires, les tiers-lieux placent la solidarité, l’entraide et la collaboration au cœur de leur ADN. L’idée est de créer une véritable communauté, de contribuer à la vitalité économique d’un territoire, de favoriser les rencontres à travers des événements et animations (organisation de petits déjeuners d’entrepreneurs, speed dating, séminaires, ateliers thématiques…).

Les labels de la Région Normandie

Créé par la Région, le label “Tiers-lieux Normandie” regroupe des lieux proposant des espaces de travail partagés et collaboratifs à des travailleurs de tous horizons, qu’ils soient indépendants, nomades, créateurs ou salariés d’entreprises. Ces lieux ont pour vocation d’accroître la vitalité des territoires, urbains comme ruraux, de favoriser le croisement des compétences et l’émergence de nouveaux projets. A ce jour, 37 tiers-lieux sont déjà labellisés, l’ambition est d’en labelliser 50 d’ici 3 ans.

Certains tiers-lieux sont aussi “Espace public numérique” (EPN), label créé par la Région Normandie pour faire face aux nouveaux défis du numérique. Déployés sur l’ensemble du territoire, ils offrent des services de proximité au grand public pour favoriser le développement de la culture numérique.

Le site Normandie connectée de la Région Normandie permet de localiser et de connaître les actualités de tous les lieux labellisés.

Des tremplins pour la création d’entreprise

« Nous aidons les entrepreneurs du territoire à se lancer en leur proposant des locaux à des prix attractifs, ne les obligeant pas à s’engager sur le long terme. Le principe est qu’ils restent quelques mois, le temps de tester leur activité, puis si ça marche ils trouvent des locaux ailleurs. »

Noémie Lemasson, animatrice de La Rampe à Avranches

De nombreux tiers-lieux placent l’entrepreneuriat et la création d’entreprise au centre de leurs préoccupations, devenant des partenaires naturels de jeunes pousses et autres startupers. “Notre première vocation est l’accompagnement des porteurs de projets”, confirme Noémie Lemasson, à La Rampe.

“Nous avons été amenés cette année à répondre à la demande de deux sociétés désirant s’installer à Trouville, indique pour sa part Anne Julio, chargée de développement économique à la Ville de Trouville-sur-Mer et responsable du tiers-lieu Work in Trouville. Nous leur avons proposé de les héberger à Work in Trouville et nous aménageons un deuxième lieu dans la gare pour accueillir les travailleurs nomades et les free lance.”

Les tiers-lieux normands au temps du confinement

Souvent fermés lors du premier confinement qui les a pris – comme tout un chacun – par surprise, les tiers-lieux se sont rapidement adaptés aux gestes barrières et autres consignes sanitaires. Nombre d’entre eux sont restés ouverts lors du 2e confinement, au moins pour leurs utilisateurs réguliers.  Dans la plupart des tiers-lieux, les utilisateurs réguliers sont en effet totalement autonomes. Détenteurs d’un badge, ils accèdent librement aux locaux, à toute heure du jour et même parfois de la nuit.

Le projet Usine partagée de Normandie

Au début du 1er confinement, le réseau des fablabs s’est mobilisé très rapidement partout en Normandie pour organiser, avec le soutien de la Région, la production numérique à grande échelle de visières de protection pour les soignants. Ainsi est née l’Usine partagée de Normandie, une formidable aventure humaine qui a mis en évidence le rôle majeur que peuvent jouer les tiers-lieux sur leur territoire.

 

Qui a inventé le coworking ?

Le terme “coworking” est né en 1999, sous l’impulsion du créateur de jeux et écrivain allemand Bernie de Koven, qui l’utilise lors d’une conférence pour décrire de nouvelles méthodes pour “travailler ensemble d’égal à égal”.  En 1995, un lieu précurseur voit le jour à Berlin, le C-base, laboratoire d’idées pour des génies informatiques désireux de partager leurs connaissances et leur passion.
En 2005, le programmeur Brad Neuberg ouvre à San Francisco le Spiral Muse, premier espace officiel de coworking. L’objectif est de proposer un espace de travail plus sociable et collaboratif avec des déjeuners en commun, des séances de méditation et même des massages.

En France, il faudra attendre 2008 pour voir apparaitre un véritable espace de coworking : La Cantine, créé par l’association Silicon Sentier.
À partir de 2010, le coworking se répand partout dans le monde. Et la croissance des tiers-lieux ne cesse de s’accélérer. On projette ainsi que leur nombre doublera d’ici 2024, passant à plus de 40 000 espaces et 5 millions d’usagers au niveau mondial.
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