vendredi 21 janvier 2022
12 janvier 2022

Nouvelle-Aquitaine: la route de cinquième génération se conçoit à Egletons

Dans le cadre de son projet Campus, la commune de Corrèze en Région Nouvelle-Aquitaine a lancé un programme d’aménagement expérimental des espaces routiers autour de ses différents sites de formation. Elle teste ainsi la route de cinquième génération.

Egletons, route, carbone, environnement, région, Nouvelle-AquitaineDans le domaine du génie civil et des travaux publics, Égletons est à la pointe. La commune est le siège de nombreux centres de formation, qui, pour certains, sont des références universitaires nationales.

Diminuer l’empreinte carbone

La première expérience voulue par la commune a vu le jour en 2019 avec Malet Spie Batignolles, une entreprise leader dans l’activité des infrastructures routières. Un tronçon de route à faible trafic de 300 mètres a été couvert d’un enrobé tiède, à 60 degrés. Le laboratoire de recherche de la faculté des sciences et techniques de Limoges a été associé au projet pour y intégrer de la fibre de verre. Différents instruments de mesure analysent la déformation de la  chaussée dans le temps et les variations de températures, et un éclairage led permet de surveiller les microfissures du revêtement en contact avec la circulation.

C’est une première en France. Cet enrobé posé à faible température présente des atouts pour l’environnement. Il permet de diminuer l’empreinte carbone de la voirie en utilisant moins d’énergie qu’un bitume ordinaire chauffé à 130 ou 160 degrés. Il est également composé de matériaux recyclés.

Energie positive

Le second tronçon, confié à Vinci Eurovia est une chaussée à énergie positive, la « Power road ». Sur 250 mètres de long, un serpentin de tuyaux est installé à 5 cm sous la couche de roulement. Un flux caloporteur, à l’image d’un plancher chauffant dans une habitation, circule dans le serpentin relié au réseau de chaleur urbain de la ville. Résultat : en hiver, la chaussée se déverglace et se déneige en l’espace d’un quart d’heure sans intervention particulière.

Ce sont des sondes thermiques et hygrométriques qui déclenchent le système. « Le procédé peut être inversé en été : quand le bitume chauffe sous l’effet du soleil, la couche de roulement monte en température et chauffe le liquide caloporteur qui est renvoyé dans le réseau de chaleur de la commune. Cette inversion a pour conséquence un delta positif en fin d’année en termes de consommation énergétique. C’est donc une chaussée à énergie positive », se félicite Charles Ferré, le maire d’Égletons.

Sécurité et environnement

Le troisième tronçon est davantage tourné vers la sécurité. Sur 150 mètres de chaussée à la sortie d’une école primaire et à proximité d’un établissement d’enseignement supérieur, le groupe Bouygues-Colas a réalisé un enrobé dans lequel sont insérés des éclats de verre et porcelaine. Les éclats créent une réflexion de la lumière nocturne qui illumine la route. « Le procédé fonctionne tellement bien que les riverains ont demandé à baisser l’intensité de cette voie devenue éclairante », précise l’élu. Sur ce tronçon, l’entreprise a également installé 10 m2 de panneaux photovoltaïques au sol, sur le trottoir pour alimenter des bornes de recharge de vélos à assistance électrique pour les 500 étudiants qui étudient juste à côté. Et cette rue est équipée en plus d’un passage piéton dynamique. Dès que des personnes sont en attente pour traverser la chaussée, des capteurs déclenchent un éclairage led au sol qui permet de signaler leurs présences aux différents véhicules. L’objectif de ces expériences et de ces tests est d’améliorer la sécurité, le confort et l’impact environnemental de la conception des routes.

Le développement de nouvelles utilisations

Ces expérimentations sont menées dans le cadre d’une délégation de service public auprès des entreprises retenues. Elles ont un coût important, au total plus de 600 000 euros, dont 185 000 euros de la Région. Elles devraient permettre des applications dans des secteurs bien précis. La  chaussée déverglaçante trouverait toute son utilité aux accès des centres de secours, des hôpitaux, des barrières de péage ou encore sur les pistes d’aéroports. De la même manière, le  passage piéton dynamique, qui existe déjà dans certaines grandes agglomérations, apporte un surplus de sécurité dans des endroits sensibles comme les abords des écoles. Enfin, le bitume à 60 degrés permettrait, en se généralisant, de diminuer significativement l’impact carbone des routes.

Une vitrine pour le territoire

Le document de référence qui sera issu de l’ensemble de ces études servira au dimensionnement de chaussées à faible trafic et à basse empreinte carbone. Cette note technique sera utilisée par les donneurs d’ordre et les entreprises de travaux publics. Mais les expérimentations et leurs aménagements spectaculaires sont avant tout « une vitrine et un terrain d’apprentissage in situ pour les étudiants de la filière travaux publics et génie civil d’Égletons », note Charles Ferré. Elles permettent à la commune de promouvoir les savoir-faire de ses centres de formation et représentent aussi un facteur d’attractivité non négligeable pour ce territoire limousin à dominante rurale.

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