mercredi 18 septembre 2019
10 septembre 2019

Guadeloupe: un programme ambitieux de coopération caribéen de lutte contre les Sargasses

Depuis 2011, les Régions côtières de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique sont confrontées à un phénomène naturel inédit, celui d’un échouement massif et récurrent d’algues sargasses. En effet, l’ampleur et la persistance de ces échouements se démarquent des précédentes vagues. La dégradation des algues provoque des dégagements conséquents d’ammoniac et d’hydrogène sulfuré entraînant la fermeture de plages et l’évacuation des populations côtières, confrontant ainsi les régions concernées à une situation économique, environnementale et sanitaire critique. De plus, les études montrent que l’échouement et la stagnation de nappes d’algues ont des conséquences néfastes sur les écosystèmes marins et sur les milieux aquatiques naturels (mangroves, rivière).

Conférence des Sargasses; Guadeloupe

 

Au regard de cette situation à laquelle sont confrontés les pays du bassin caribéen, la Région Guadeloupe, dans le cadre de ses compétences en matière de coopération décentralisée et de son adhésion récente à l’Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale (O.E.C.O.), porte l’initiative d’un Programme caribéen de coopération de lutte contre les Sargasses (SARG’COOP) destiné à dresser un état de l’art scientifique et technique et à améliorer le partage des connaissances et des savoir-faire, expérimentations et outils existants dans la Caraïbe et dans les régions touchées par ce phénomène. Ce programme, financé par INTERREG Caraïbes compte comme partenaires les collectivités de Guyane, Martinique, Saint-Barthélémy et Saint-Martin, le gouvernement français (Ministères de l’Outre-Mer, de la Transition écologique et solidaire et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), l’AEC (Association des Etats de la Caraïbe), l’OECO (Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale), la République dominicaine, le Mexique ainsi que l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’AFD (Agence française de développement), l’AFB (Agence française de la biodiversité), l’ANR (Agence nationale de la recherche) et l’Université des Antilles.

Ce programme de coopération a pour ambition de renforcer la coopération en matière d’environnement et de protection des milieux naturels entre les états et territoires de la Caraïbe. A moyen terme, l’objectif est d’améliorer significativement la résilience des territoires insulaires en proie à ce phénomène naturel qui semble lié à l’accroissement des activités anthropiques polluantes et aux dérèglements climatiques.

Pour ce faire un Forum caribéen des Sargasses réunira gouvernements et collectivités locales, société civile, entreprises, chercheurs et universitaires impliqués dans la problématique des Sargasses. Ce réseau d’experts mettra à disposition du public, par le biais d’une plateforme Internet, l’état de l’art scientifique et technique, les plans nationaux et régionaux mis en place, les actions tant abouties qu’infructueuses, des procédés innovants, etc dans tous les domaines liés aux sargasses : prévision, prévention des échouements, collecte, stockage, traitement et valorisation. Agrégateur, il s’appuiera notamment sur les diverses initiatives existantes fédérant d’ores et déjà différentes parties prenantes.

Par ailleurs, un Centre caribéen de surveillance et d’alerte sera mis en place afin de mieux anticiper les échouements et de gérer les risques le cas échéant. Le centre s’appuiera sur un outil innovant de télédétection permettant aux partenaires de pouvoir anticiper les échouements et d’adapter leur action publique (communication avec la population, évacuations, préparation des équipes de collecte, etc.) et privée (pour les entreprises dépendant des échouements pour leur activité économique). Un réseau de mesure de la qualité de l’air sera déployé, à l’instar de ceux développés par Gwad’air et Madinin’air. Ce réseau caribéen permettra de connaître la qualité de l’air en fonction des échouements dans toute la Caraïbe. Une échelle commune des risques sera mise en place afin de guider les pouvoirs publics dans les mesures préventives et prescriptives nécessaires. Les données produites par le Centre seront ensuite traduites en bulletins d’information offrant un outil d’aide à la décision, d’échange, de formation et de sensibilisation des partenaires. Ces deux outils permettront de mutualiser, de co-construire et de diffuser les démarches de surveillance, de prévention des risques liés aux sargasses et d’adaptation au changement climatique.

Conférence internationale sur les Sargasses

Ce Programme de coopération sera lancé lors de la Conférence Internationale sur les Sargasses qui aura lieu du 23 au 26 Octobre prochains au Complexe World Trade Center (CWTC) de Baie-Mahault en Guadeloupe. Cette conférence entend poser les jalons d’une coopération efficiente et pragmatique en vue d’apporter des réponses fonctionnelles et opérationnelles aux échouements de sargasses devenus des faits récurrents. Elle réunira chefs d’Etats, responsables d’organisations régionales et internationales, entreprises, membres de la société civile, chercheurs et universitaires de la Caraïbe.

La Conférence entend inscrire à l’agenda politique international la problématique, et mobiliser des moyens internationaux pour endiguer les effets néfastes des échouements massifs de sargasses. Elle sera également l’occasion pour le réseau d’experts du Forum caribéen des Sargasses de se réunir pour la première fois et débuter ainsi ses travaux. En effet, les acteurs présents auront l’occasion de partager leurs retours d’expériences, acquérir, faire circuler et échanger leurs expertises techniques et scientifiques, à l’échelle du bassin caribéen.

La première journée sera consacrée à l’état des connaissances sur les sargasses et la télédétection. A cette occasion les lauréats de l’Appel à Projets « Sargassum » seront dévoilés. La deuxième journée sera dédiée aux partages d’expériences et la mise en lumière des stratégies de lutte, collecte et valorisation mises en place dans les territoires. Enfin, la dernière journée au caractère institutionnel réunira les chefs d’État de la Caraïbe ainsi que les organisations régionales et internationales et sera l’occasion d’entamer une réflexion sur la définition d’une stratégie géopolitique commune.
Cet évènement est entièrement gratuit et ouvert au public. Ce sera une réelle opportunité pour les citoyens, associations, entreprises, collectivités et gouvernements de se retrouver en un seul et même lieu pour aborder cette problématique qui les affecte à des échelles différentes.

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