lundi 19 novembre 2018
6 février 2018

Nouvelle-Aquitaine: l’apprentissage en Région, ça marche!

Alors qu’un projet de réforme nationale de l’apprentissage est en cours, la Région a invité l’ensemble des acteurs de Nouvelle-Aquitaine à réaffirmer les principes qui guident son action et celle de ses partenaires dans le domaine.

 

Un projet de réforme contesté

 

Le gouvernement compte faire adopter une réforme en profondeur de l’apprentissage avant le printemps prochain. Une concertation de tous les acteurs a abouti à la remise d’un rapport « pour le développement de l’apprentissage » à la ministre du travail le 30 janvier. A noter le désaccord important entre le Medef et les Régions qui a mis fin prématurément à cette concertation le 20 décembre au lieu du 25 janvier. Le syndicat patronal voudrait que ce soient les branches professionnelles qui deviennent les pilotes du secteur, un rôle dévolu aux Régions par les lois de décentralisation depuis 1984. Constatant le désaccord et inquiet de l’orientation prise par le gouvernement, le président de Région Alain Rousset a invité l’ensemble des acteurs de l’apprentissage de Nouvelle-Aquitaine à lui adresser une déclaration commune synthétisant leur vision de l’apprentissage.

Près de 150 personnes ont répondu à son appel. La réunion s’est tenue au lycée agricole du Périgord à Coulounieix-Chamiers. Autour du président de Région, on comptait les vice-présidents Catherine Veyssy (apprentissage), Jean-Louis Nembrini (éducation) et Jean-Pierre Reynaud (agriculture). Parlementaires, branches professionnelles, directeurs de CFA (centres de formations d’apprentis) et représentants des chambres consulaires de Nouvelle-Aquitaine composaient l’essentiel de l’assemblée.

Les bons chiffres de l’apprentissage en Nouvelle-Aquitaine

« L’apprentissage est une voie d’excellence et doit être considéré comme tel » a martelé le président de Région. « Revenir sur une des compétences majeures et historiques des Régions alors que cela fonctionne, que les résultats sont bons, me semble ahurissant. La logique voudrait au contraire que, comme dans une entreprise, on généralise ce qui marche au lieu de vouloir le remettre en cause. » Et de rappeler les bons chiffres de l’apprentissage en Nouvelle-Aquitaine « dans un contexte pourtant défavorable » : +4% d’apprentis depuis la dernière rentrée, +15% depuis 2015. Et lorsque les CFA font l’objet de rénovations comme en Charente, les chiffres s’envolent. Les CFA de Cognac et Barbezieux comptaient +17% d’apprentis à la rentrée dernière. « Les parents et les élèves n’en reviennent pas lorsqu’ils découvrent ces CFA avec des équipements que parfois les entreprises ne possèdent pas encore » rapportait Geneviève Brangé, la présidente de la chambre des métiers de la Charente.

« Je dis au gouvernement, ne faites pas de l’apprentissage la voiture balai de la filière générale » plaidait Alain Rousset. Propos étayé par le président de la CCI de Nouvelle-Aquitaine Jean-François Clédé, invité à la une table-ronde avec les représentants des branches, qui rappelait l’exemple allemand « où il n’est pas rare de voir le président de grands groupes comme Volkswagen ou Daimler venir de l’apprentissage. En Allemagne, il est une voie de formation qui n’est pas dévaluée. » Là encore, les chiffres parlent : 20% des entreprises ont recours à l’apprentissage en Allemagne contre 4% seulement en France. Et Jean-Louis Nembrini, vice-président chargé de l’éducation de rappeler que l’apprentissage « donne un sens aux savoirs de l’école en les rendant concrets. C’est l’ascenseur social en marche. »

Des inquiétudes de fond

La réunion a également pointé les nombreuses inquiétudes que suscite le projet. « Que va-t-il se passer si l’on confie aux l’apprentissage aux branches professionnelles ? » demandait le président Rousset. « Prenez l’exemple de la réparation automobile : il y a 110 CFA qui offrent ces formations en France et il y en a un à Mauléon dans les Deux-Sèvres. Or, la branche n’accompagne que 40 de ces CFA. Que se passera-t-il demain si la réforme se fait ? Et bien, 70 CFA disparaissent, surtout ceux qui sont en milieu rural. » Inquiétudes partagées par les Directeurs de CFA, représentés par l’ARDIR, qui se sentent totalement absents de la réflexion alors que ce sont eux qui mettent en oeuvre l’apprentissage. Les orientations que semblent prendre le gouvernement laissent en effet de côté les questions de péréquation « entre ceux qui prennent et forment des apprentis, mais aussi les questions de péréquation territoriale. » En écho, une représentante de l’association régionale des industries alimentaires expliquait « un vrai problème de recrutement. Aujourd’hui, l’apprentissage nous permet d’attirer et de fidéliser des salariés. Nos entreprises sont à la campagne où il y a des problèmes de déplacements. Il faut donc former localement pour employer localement. » « Si on sort les formations des territoires, c’est la mort de nos territoires » renchérissait le président de Région.

« Le vivier naturel des CFA, ce sont les lycées professionnels » a estimé le président. La Région, qui a en charge l’enseignement professionnel semble alors être le meilleur échelon pour organiser la complémentarité des deux structures, via la gestion de la carte des formations et la mixité des voies de formation. Une complémentarité mise en œuvre « en Nouvelle-Aquitaine, où nous avons misé sur la proximité et le partenariat, dans une démarche d’aménagement du territoire cohérente et juste, conjurant ainsi le risque de fermeture de certains sites. »

C’est l’ensemble de ces points que récapitule la déclaration commune signée en fin de séance par les participants. L’apprentissage est une voie d’excellence rappelle-t-elle en propos liminaire. Comme une invitation au gouvernement à qui elle sera adressée dans les prochains jours, elle se termine par l’affirmation de « la capacité à porter collectivement la réforme » à venir dans le partenariat avec les chambres consulaires dans « un dialogue renforcé avec les branches professionnelles » et à « poursuivre une action collective avec comme chef de file la Région ».

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