10 novembre 2016

Solutions Régions de France/COP22: bois-énergie et chaufferies bois en Normandie

bois, énergie, COP 22, NormandieEn Normandie, le développement de la filière bois-énergie, de l’arbre à la chaudière, est soutenu par la Région, en partenariat avec l‘Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

 

Les deux filière Bois-énergie Normandes

Historiquement le secteur du bois énergie en Normandie est représenté par deux filières:

  • Le bois énergie issus de la forêt et de l’industrie du bois, plutôt destiné aux chaufferies collectives ou industrielles,
  • Le bois énergie issus du bocage plutôt destiné aux chaufferies agricoles et aux petites collectivités en milieu rural.

Mais la frontière entre ces deux filières commence aujourd’hui à s’estomper, avec le développement d’approvisionnements mixtes dans les grandes chaufferies et des facilités de livraison dans les petites chaufferies à partir de ressources forestières. Néanmoins chacune de ces filières conserve ses contraintes, son modèle économique et ses modes de production et de gestion propres.

Pendant la COP22 à Marrakech, Régions de France vous propose chaque jour des initiatives de nos Régions pour le climat. Transition énergétique, coopération internationale, alimentation…: partout, chaque jour, les Régions de France agissent pour la planète!

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La ressource bois-énergie en Normandie

Le bois utilisé pour les grandes chaufferies en Normandie provient en majorité des forêts normandes ou des régions limitrophes, gérées durablement, soit directement de l’exploitation forestière (coupes d’éclaircies) ou d’autres acteurs de la filière (scieries,……).

Pour la Normandie occidentale (partie bocagère), les petites chaufferies collectives sont en grande majorité alimentées à partir de plaquettes issues des haies.

Ce bois-énergie issu de l’exploitation du bocage est fourni par des haies gérées durablement (un plan de gestion est obligatoire pour bénéficier d’une subvention de la Région). La gestion durable des haies signifie qu’une rotation est définie au sein d’un secteur, pour élaguer, portion par portion, les haies. La coupe de la haie au ras du sol est effectuée tous les 12 à 15 ans proprement, pour lui permettre de repousser plus vite ensuite avant la coupe suivante. Des replantations peuvent en parallèle être prévues, pour accroître le réseau de haies, remplacer des haies vieillissantes.

L’accroissement annuel du bois de haies en Normandie occidentale est estimé à 1 million de m3 (soit 4% de taux de renouvellement annuel), pour un volume sur pied de 22,8 millions de m3. En tonnage, cet accroissement représente 513 000 t de bois produites biologiquement par an, à comparer aux 200 000 t de bois aujourd’hui consommés sur le même territoire pour l’approvisionnement des chaufferies bois locales (ce bois provenant tant des haies que des scieries, ou des coupes d’éclaircies forestières). Le linéaire total de haies normandes (sur les départements 14,50,61) est estimé à 123 000 km (+/- 9 000 km). Le linéaire de haies gérées durablement est actuellement de 2 550 km (soit 2 % du linéaire total, ce qui reste très modeste à ce stade, mais est en progression régulière). Avec sa conditionnalité des aides, la Région garantit que la ressource en bois de haies est pérenne dans le temps car se renouvelle, pour l’alimentation des chaufferies bois qu’elle accompagne. Le travail se poursuit avec les acteurs du terrain (chambre d’agriculture, CUMA,…) pour établir des plans de gestion avec les agriculteurs.

Pour l’ensemble de la Normandie, la productivité annuelle (forêt+ bocage+ parcs urbains) est de 5 300 000 t/an et la ressource disponible de 1 300 000 t/an

L’ensemble des acteurs normands est vigilant à la provenance du bois. Cependant quelques acteurs issus du secteur des travaux publics se sont récemment reconvertis à l’exploitation du bois, que ce soit en forêt ou dans le bocage. Ces entreprises ne possédant pas la formation nécessaire et dénuées de culture arboricole ont effectué des chantiers largement décriées dans la presse régionale en début d’année 2015.

Une charte de gestion durable du bocage, élaboré avec l’ensemble des acteurs de la filière, a été votée par la Région fin 2013 et mise en œuvre partiellement (obligation de plans de gestion). Cette charte à été révisée à l’automne 2015 pour intégrer de nouveaux éléments relatifs aux techniques d’exploitation du bois du bocage, ainsi qu’aux périmètres auxquels s’appliquent les plans de gestion, en visant un élargissement aux territoires des communautés de communes, pour garantir une meilleur cohérence.

Cette charte pourra être signée par chaque opérateur qui s’engage à respecter un cahier des charges. La liste des signataires sera librement consultable. Un groupe de travail piloté par la chambre d’agriculture réfléchit actuellement à compléter cette charte avec des mesures d’accompagnement (fiches techniques, cahiers des charges pour les travaux et la plantation,…)

Un engagement européen, national et régional de réduction des émissions de gaz à effet de serre

 La réduction des émissions de gaz à effet de serre est aujourd’hui inscrite comme priorité pour la lutte contre le changement climatique. Les Etats européens ont dans ce cadre fait des propositions de réduction de 40% des émissions à l’horizon 2030. La COP21 à Paris a confirmé ces engagements.

Au niveau régional, le Schéma Régional Climat Air Energie, élaboré par la Région et l’Etat et validé fin 2013 affirme également des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à hauteur de 20% de baisse entre 2009 et 2020 pour la partie orientale du territoire

Pour mémoire, rappel de l’orientation EnR1 du Schéma régional du climat de l’air et de l’énergie (SRCAE), dédié au développement du bois énergie: Consolider et développer la filière bois-énergie existante et privilégier le développement d’installations collectives de production de chaleur en préservant la qualité de l’air.

La politique régionale en faveur du bois-énergie et des chaufferies bois s’inscrit dans ces objectifs.

La politique d’accompagnement de la Région et l’organisation en réseau

Le développement de cette filière, de l’arbre (issu de la forêt ou de la haie) à la chaudière, est soutenu par la Région, en partenariat avec l’ADEME.

Sur l’animation d’abord, avec la mise en place d’un accompagnement des maîtres d’ouvrage dès le début de leur projet sur les aspects techniques et juridiques pour profiter du retour d’expérience des 140 chaufferies collectives ou industrielles déjà en fonctionnement. C’est l’association Biomasse-Normandie qui rempli cette tâche avec le soutien de la Région et de l’Ademe. Cette animation concerne principalement la filière bois-énergie issus de l’industrie ou de la forêt, mais Biomasse-Normandie à un rôle de coordination entre les deux filières bois du bocage et bois de la forêt.

La Fédération des Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (CUMA) de Basse-Normandie bénéficie d’un soutien de la Région et de l’Ademe pour structurer l’offre de bois issus du bocage, à destination des chaufferies rurales (petites collectivités et agriculteurs) mais depuis un an à destination également des grandes chaufferies collectives (avec une granulométrie et un taux d’humidité différent).

Pour les départements 27 et 76, ce sont le réseau des « défis ruraux » ainsi que l’Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC27) qui effectue ce travail d’expertise technique auprès du milieu agricole.

Sur le plan des investissements ensuite, la Région et l’ADEME ont soutenu financièrement l’ensemble des projets Bas-Normands pour leur permettre d’atteindre un seuil de rentabilité acceptable. Depuis la mise en place du Fonds Chaleur par l’Ademe, la Région n’intervient quasiment plus financièrement sur les projets de grandes chaufferie, mais continue son soutien aux petites chaufferies (collectives ou dans les entreprises (dont les exploitations agricoles) notamment autour de la filière « bois de haies ».

Enfin sur le plan de la ressource, la Région et l’Ademe ont soutenu la mise en place d’une filière d’approvisionnement fiable pour les grosses chaufferies (via biocombustible SA) au début de la création de la société, et continuent d’accompagner la mise des filières locales à partir du bois du bocage. L’esprit général de ces filières doit respecter une démarche qualité qui vise à assurer une qualité du combustible répondant à des cahiers des charges et préserver la ressource avec des modes de gestion durables. Les 3 principales structures d’approvisionnement locales de bois issus du bocage sont à l’origine issues du réseau des CUMA : la SCIC B2E (61), l’association Haiecobois (50), l’association Boishaienergie 14.

Le réseau des acteurs du bois énergie comporte environ 80 membres (territoires, structures d’approvisionnement, collectivités, administrations,…) qui se réunissent au moins une fois par ans et autant que de besoin suivant l’actualité. Le réseau est animé par l’Ademe et la Région.

La participation à chaque réunion est toujours importante (plus de 40 participants) pour un point sur l’évolution des filières, les projets en cours, les actions à engager, etc.

Des sous groupes de travail peuvent rapidement être mis en place pour traiter des sujets particuliers.

Pour la filière bocagère, le budget « animation » s’élève aux environ de 96 000 € financé à 50% par l’Ademe et la Région, le reste étant financé par les départements et l’auto-financement.

Pour l’animation générale de la filière bois, Biomasse-Normandie bénéficie d’une aide FEDER sur 2015-2017 d’environ 253 000 € sur un montant de programme d’environ 583 000 € (194 000 €/an)

L’Ademe participe pour environ 203 000 € et l’autofinancement s’élève à 126 000 €.

 

Les chaufferies-bois, bilan environnemental

Réduction des émissions de GES

Dès 2004, puis avec l’adoption du programme Défi’NeRgie en septembre 2006 dans l’optique de son Agenda 21, la Région a intensifié ses aides à la filière bois énergie avec pour double objectif, la réduction des émissions de CO2, d’une part, et la réduction de la facture énergétique des normands d’autre part.

L’objectif CO2 sur le bois énergie était d’atteindre 110 000 t de réduction des émissions d’ici fin 2013 : cet objectif a été dépassé puisque les 120.000 t ont été atteintes fin 2013 (année froide).

En 8 ans de programme Défi’NeRgie, ce sont un peu plus de 140 MW qui ont été installés en région sur des grandes chaufferies collectives, industrielles ou de particuliers, soit environ 100.000 t de CO2 supplémentaires évitées par an. Le bois énergie se situe ainsi bien comme une ressource énergétique renouvelable, à l’inverse des sources d’énergie fossile (gaz, fioul…).

 

Les émissions de particules fines

Il apparaît que la combustion du bois peut constituer une source importante de polluants atmosphériques, notamment en ce qui concerne les particules fines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les composés organiques volatils, dont le benzène. Les émissions de polluants sont plus importantes, proportionnellement à l’énergie produite, lorsque le bois est utilisé dans des appareils de chauffage domestiques.

Il apparaît donc nécessaire de développer l’utilisation du bois énergie tout en veillant à limiter les émissions de polluants atmosphériques. Cela passe par l’utilisation de combustibles appropriés et de techniques efficaces à haute performance environnementale. C’est dans ce sens que l’ADEME, dans le cadre de ses missions de mise en œuvre de la politique de l’Etat dans le domaine du développement des énergies renouvelables, encourage le développement de la biomasse comme source d’énergie dans les secteurs domestique, collectif et industriel.

La réduction des émissions dues à la combustion du bois passe en premier lieu par la mise sur le marché d’équipements de plus en plus performants, tout particulièrement pour les appareils de chauffage domestique. La Région et l’ADEME soutiennent une telle démarche de progrès, afin de corriger progressivement les impacts négatifs et de conforter le bénéfice du bois énergie en termes d’émissions de gaz à effet de serre et d’utilisation de combustibles renouvelables.

Dans la situation actuelle, les émissions sont dues essentiellement aux appareils à bois pour le chauffage domestique, particulièrement les vieux appareils. Le secteur domestique (maison individuelle) est donc celui sur lequel il convient d’agir en priorité. Le renouvellement du parc fera baisser de manière significative les émissions polluantes dès lors que les appareils neufs sont plus performants. C’est pourquoi il est recommandé de s’équiper avec des appareils labellisés « flamme verte ». Un crédit d’impôt a été mis en place par l’Etat afin de favoriser l’acquisition de tels équipements. Le dispositif de chèque éco-énergie de la Région veille également à ce que les appareils installés (poêle à bois) soient performant au plan des émissions de polluants atmosphériques.

Par ailleurs, quelques mesures simples permettent de réduire les émissions de polluants. C’est ainsi que l’ADEME recommande aux particuliers de toujours utiliser du bois de chauffage de qualité (propre et sec), mais aussi d’entretenir leurs équipements et de ramoner les conduits de fumées régulièrement.

Parallèlement, pour limiter les émissions de polluants dues à l’utilisation de la biomasse, on notera qu’il est économiquement plus facile d’équiper les installations des secteurs collectif ou industriel d’une puissance thermique supérieure à 2MW. En effet, du fait de leur taille, ces installations présentent l’avantage d’une part de permettre, au plan économique, la mise en œuvre de dispositifs performants de dépollution, comme les filtres électrostatiques ou les filtres à manches, et d’autre part, d’entrer dans le champ de la réglementation sur les installations classées. Elles sont donc soumises à des contrôles réguliers par des organismes indépendants qui permettent de s’assurer du respect de leurs performances environnementales.

L’ensemble des chaufferies financées par la Région respecte les normes en vigueur en matière d’émission de polluants.

Entre 2 MW et 20 MW (ce qui correspond à des grosses et très grosses installations) c’est la réglementation IPCE (Installation classée pour la protection de l’environnement, rubrique 2910) qui s’applique. Cette réglementation sera étendue aux petites puissances (100 kW) à partir de 2017. Elle limite les émissions à 50mg/m3 de particules dans les rejets.

Jusqu’à 300kW (qui représente plutôt les petites chaufferies, la majorité des projets aidés par la Région), c’est la norme EN 303-5 qui s’applique. Mais en l’absence de réglementation entre 300 et 2 MW jusqu’en 2017, tous les constructeurs tendent à appliquer les normes d’émissions des grandes installations (<50 mg/nm3) pour les faibles puissances en vue des futures réglementations.

Les chaufferies bois et réseaux de chaleur : approche économique

Pour les chaufferies dotées d’un réseau de chaleur, sur l’aspect économique, les gains espérés sur la baisse du coût de l’énergie dépendent de la situation initiale (en termes de tarifs et de source d’énergie antérieure) de chacun des futurs raccordés et de ses consommations.

Avec l’installation de chaufferies bois, l’objectif de réduire les charges locatives est par exemple atteint sur les réseaux desservant des logements sociaux, avec des gains constatés de 5 à 20 % sur la facture énergétique. Compte tenu de l’augmentation des coûts de l’énergie, y compris du bois-énergie, ces valeurs de gain pourraient évoluer et méritent d’être suivies.

Pour le projet de réseau de Caen (Guerinière-Grace de Dieu) les gains sont significatifs : ils sont en moyenne de 40€/an et par foyer pour la Guérinière et 400€/an pour la Grâce de Dieu. La Ville possède également des bâtiments sur ce réseau. Ses futurs gains de fonctionnement sont estimés à environ 40 000 €/an. Le fait que certains groupes scolaires soient encore chauffés au fioul, explique les gains important pour ces bâtiments.

Au-delà de l’aspect purement énergétique, le bois-énergie permet de soutenir une économie locale créatrice d’emplois non délocalisables (agriculture, entreprises d’exploitation du bois, de collecte / préparation)

La situation dans les lycées de Normandie

Plusieurs lycées de la Région sont chauffés totalement ou partiellement par une chaufferie-bois ou via un raccordement à un réseau de chaleur.

Normandie Occidentale : Flora Tristan à la Ferté-Macé, Arcisse de Caumont à Bayeux, L. Liard à Falaise, Mézeray à Argentan, Gambier à Lisieux, Lehec à Saint-Hilaire du Harcouet, LEPA du Manoir à Saint-Hilaire du Harcouet, EREA Y. Guegan à Hérouville Saint Clair, ferme du lycée agricole de Sées, Napoléon à l’Aigle, Littré à Avranches, Mortain, Rabelais à Ifs.

Normandie orientale : Lycées Brassens et Pays de Bray à Neuchatel en Bray, Bernard Palissy à Maromme, Le Corbusier à St Etienne du Rouvray, Anguier et Cayet à Eu, Georges Baptiste à Canteleu, Hebert, Senghor, Modeste Leroy et Briand à Evreux, Decrétot et Les Fontenelle à Louviers, Lavoisier au Havre/ et pour les chaufferies dédiées : Le Hurlevent au Tréport, LP émulation Dieppoise à Dieppe, Edouard Chambray à Gouville, Lycée agricole du Neubourg.

 

Quelques chiffres

L’état de la filière bois énergie en Normandie fin 2015

214 chaufferies collectives – 200 MW – 232.000 t de bois/an

Plus de 40 réseaux de chaleur

Environ 50 installations industrielles – 380 MW – 725 00 t de bois/an

Soit au total 1 000 000 t de bois/an consommées

 

 

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