lundi 10 décembre 2018
10 octobre 2018

La reconquête industrielle passe par les Régions

industrie, régions, reconquête, Régions, France, Fondation Concorde, économie, emploi, Hervé Morin, débat,Le débat “Industrie: la reconquête par les territoires” organisé le 9 octobre 2018 par Régions de France et la Fondation Concorde a démontré le caractère fondamental de l’ancrage régional pour réussir la réindustrialisation dans notre pays.

Pendant 3 heures, élus régionaux, représentants patronaux et universitaires ont échangé sur les conditions de la reconquête industrielle lors de ce débat accueilli par Gisèle Rossat-Mignod, Directrice du réseau de la Banque des Territoires-Caisse des Dépôts, et animé par les journalistes de “La Tribune”.

Ouvrant le débat, Hervé Morin a résumé l’enjeu: “les Régions françaises dépensent 800 M€ par an pour l’innovation et les Länder allemands plus de 10 Mds €. Le bon schéma pour l’industrie est un schéma très décentralisé”. Le Président de Régions de France et de la Région Normandie a cité en exemple de la gestion des ports. Alors que les grands ports européens sont gérés par  “l’association du territoire et du secteur privé”, “moi j’attends le 47e arbitrage de Bercy sur le tour de retour sur investissement du port du Havre”, a lancé Hervé Morin. Il a opposé la lourdeur du processus de décision de l’Etat à l’efficacité des outils de politique industrielle de sa Région. La Normandie est ainsi la “seule Région à avoir créé un fonds de prêts participatifs” et son fonds de retournement a déjà aidé 400 entreprises et sauvé 11.000 emplois.

Inquiet des “initiatives nationales diverses et variées”, Hervé Morin a dit compter sur ce débat pour ” dire précisément ce qui doit faire l’objet d’une péréquation nationale et ce qui doit relever du soutien territorial comme partout en Europe”. De quoi alimenter le “pacte girondin” que les collectivités projettent d’écrire cet automne.

Les échanges qui ont suivi ont montré un large consensus, et d’abord sur le constat. Dans l’Union européenne, la France est avant-dernière pour la place de l’industrie dans son économie, juste devant la Grèce, a rappelé l’économiste Jean-Hervé Lorenzi.

Les Régions: la France moderne

Surtout, les intervenants sont tombés d’accord sur le rôle essentiel de la Région pour créer un écosystème favorable au développement de l’industrie. “Bpifrance a de très bons partenariats avec les Régions. Dans les Régions nos collaborateurs travaillent très bien ensemble. Les Régions c’est la France moderne!”, a ainsi lancé Nicolas Dufourcq (Bpifrance).
Henri Poupart-Lafarge, Président-Directeur-Général d’Alstom,  a insisté sur la compétence des Régions en matière de formation et d’apprentissage: “la formation doit se faire au plus proche du terrain. Les gens ne sont pas mobiles. Il faut de la formation sur les territoires au service des usines du territoire!”
“Si on veut rendre les territoires attractifs”, estime Nicolas Théry, Président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel,  “c’est la qualité des services publics et des infrastructures qui est le plus important: une infrastructure qui assure aux entreprises un cadre efficace.” Et de citer en exemple la partenariat du groupe mutualiste avec la Région Grand Est.

Le sur-mesure régional

Pour Bruno Grandjean, Président de l’Alliance pour l’Industrie du Futur (AIF) et de la Fédération des Industries Mécaniques (FIM), “l’échelon local est le bon échelon”. “Mais évitons de copier Paris comme sous Louis XIV: il faut faire du sur-mesure dans l’accompagnement des PME”, a-t-il souligné.
Le sur-mesure, c’est justement ce que font les Régions, à l’image d’Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Annabel  André-Laurent. “Nous accompagnons les entreprises. Notre mission: leur simplifier la vie. Pour le reste, elle savent très bien faire ce qu’il faut pour trouver de nouveaux marchés, se développer”, explique la co-présidente de la Commission Développement économique de Régions de France. Résultat: la balance commerciale est excédentaire à l’échelle de la Région.
Pour Frédéric Coirier, Co-Président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI) et président du directoire de Poujoulat, “plus on ouvrira des usines, plus les territoires iront bien”, car “70% des sièges d’ETI sont en Région”. Ces 8 dernières années, les ETI françaises ont créé 350.000 emplois, et pour chaque emploi industriel créé, “c’est deux à trois emplois de services en plus”. Toutefois, “nos ETI sont 4 fois plus petites qu’en Allemagne”, rappelle le chef d’entreprise.

La question fiscale

 

Une partie des intervenants explique l’écart de compétitivité entre la France et l’Allemagne par le poids de la fiscalité.

Président délégué du MEDEF, Patrick Martin s’inquiète “de ne pas voir ce sujet des impôts de production abordé par le gouvernement”.
Hervé Novelli, Président du Conseil d’orientation de la Fondation Concorde, “il faut redonner du pouvoir aux Collectivités locales en matière de fiscalité”. Et par le jeu de la concurrence, les impôts n’en seraient pas alourdis, assure l’ancien ministre en charge des PME.
Une acte IV de décentralisation est donc indispensable pour renforcer les compétences de la Région en matière de développement économique et d’emploi. Ainsi “la décentralisation du service public de l’orientation est un sujet essentiel pour attirer les jeunes vers l’industrie: on a des formations magnifiques qui ne font pas le plein!”, témoigne Boris Ravignon, Président de la communauté Ardenne Métropole et représentant de l’Assemblée des communautés de France (ADCF). La reconquête de l’industrie commence par ce travail de conviction que les Régions mènent à longueur d’année vers les jeunes et les familles.
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