jeudi 23 novembre 2017
9 novembre 2017

Congrès #Regions2017: compte-rendu de l’atelier sur le lycée du futur

L’atelier “Le lycée du futur” a réuni, le 28 septembre au Congrès des Régions à Orléans, trois intervenants de grande qualité pour un échange approfondi sur les nouveaux enjeux de la mobilité, de l’architecture des établissements, de la pédagogie et du numérique: Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France, Laurent Jeannin, enseignant-chercheur au laboratoire EMA de l’Université de Cergy et Son Thierry Ly, directeur et co-fondateur de Didask. Il  était animé par Cyril Duchamp, rédacteur en chef à l’AEF.

 

Le nouveau défi de l’attractivité

Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France, a abordé le sujet selon plusieurs angles touchant au lien avec le supérieur: la mobilité sortante des étudiants dans les Régions, mais aussi les notions d’attractivité pour les étudiants étrangers. D’une manière générale, le constat actuel est que les stratégies nationales se basent essentiellement sur les hauts niveaux d’études (masters et doctorats), alors que l’accroissement de la mobilité des étudiants passe davantage par une politique ciblée vers les niveaux licence, voire avant.

Voilà donc pourquoi plusieurs pays se positionnent aujourd’hui pour “capter” les élites du sud dès le secondaire. Il y a ainsi un véritable enjeu sur ce public et si le “marché des internats” n’est pas encore très développé en France, c’est le cas en Australie ou aux Etats-Unis par exemple. Cette tendance émergente identifiée, peut-on développer une offre d’accueil avec les Régions pour des étudiants qui passeraient le bac français en vue de poursuivre leurs études dans l’hexagone ? Un projet chinois existe ainsi à Châteauroux, avec un entreprise qui souhaite construire des lycées afin d’enseigner à la chinoise mais dans un cadre français apprécié car de qualité. Comment les acteurs français peuvent-ils se positionner et saisir les opportunités ? Existe-t-il des blocages, notamment réglementaires, à lever ?

 

L’architecture au service de la pédagogie

Laurent Jeannin, enseignant-chercheur au laboratoire EMA de l’Université de Cergy, qui est également chargé de mission environnement numérique pédagogique et certifications, a fait un rappel de l’histoire de l’architecture de l’Ecole, souvent oubliée. Il a illustré le sujet aussi par des exemples à l’étranger, comme les “learning corridors” en Grande-Bretagne ou le projet Learn en Australie pour évoquer l’évolution des établissements, et même leur déplacement. Il a présenté les grandes lignes de ses travaux, très concrets, pour opérer “une passation à l’échelle” à partir d’expérimentations et montré que l’espace scolaire n’est souvent pas en adéquation avec les besoins.

Après avoir travaillé pendant un an sur la mission Monteil, son équipe a pu monter une chaire de recherche sur la problématique de l’architecture de l’école avec des partenaires industriels et la CDC. Sur l’école du futur, un appel a été lancé qui s’est traduit par la réception d’une centaine de dossiers d’écoles d’architecture, dont une vingtaine retenue par un jury.

Aujourd’hui, Laurent Jeannin travaille avec des collectivités pour accompagner des projets de construction et d’équipement afin de mettre en place des pédagogies efficaces, notamment à l’aide du numérique. Ont été montés des ateliers participatifs associant collectivité, parents, élèves, et différents acteurs de terrain pour travailler sur la définition de la notion de classe et expérimenter des mobiliers. A Orléans, deux lycées du futur sont en projet sur lesquels il intervient en amont. Souvent les conceptions sont très classiques, son expertise permet d’apporter un soutien pour opérer la transformation attendue.

Un autre axe de travail concerne l’approche par “maquette numérique”, sur laquelle nombre de pays européens se mobilisent mais rarement la France. Cela permet de dessiner numériquement le bâtiment pour réussir un suivi de la maintenance constructive, et permet notamment de diminuer les coûts. Un exemple à Boulogne-Billancourt met aussi en évidence la possibilité d’ouvrir un établissement avant même qu’il soit entièrement terminé, ce qui permet d’apporter une souplesse sur les projets en testant et en construisant par rapport aux attentes et besoins identifiés. Pour la collectivité, cela permet aussi d’étaler les financements dans le temps.

 

Son Thierry Ly, directeur et co-fondateur de Didask, a tout d’abord rappelé l’étude qu’il avait conduite pour France Stratégie et insisté sur l’importance de s’accorder sur les “finalités de l’école” : s’agit-il par exemple d’aider à construire la personnalité des élèves ? A réussir leur insertion professionnelle ? En fonction de la priorité retenue, les systèmes éducatifs ne seront pas organisés de la même manière. Dans le rapport auquel il a contribué, plusieurs systèmes avaient été imaginés, qui aboutissent à des modèles assez radicalement différents…

Il a ensuite interrogé la notion d’innovation et expliqué la démarche retenue par son entreprise, une offre de méthode d’apprentissage conçue sur la base des apports des sciences cognitives. L’approche est donc très marquée par la pédagogie avant la dimension technologique, pour comprendre en quoi le numérique peut aider (ou pas) dans les processus d’acquisition des connaissances et compétences. “Positif mais prudent” sur le numérique, il estime que les nouveaux outils peuvent aider sur un certain nombre de points comme l’individualisation des apprentissages ou la modularité des espaces.

Les changements qui se produisent dans l’éducation sont surtout liés au fait qu’on s’intéresse enfin aux résultats de l’apprentissage. Sur ce point, les études Pisa de l’OCDE ont beaucoup sensibilisé pour que les acteurs se posent les bonnes questions afin que les élèves sortent des cours en étant capables de faire des choses qu’ils ne pouvaient faire avant. Reste à savoir comment structurer les enseignements, les établissements, pour permettre d’atteindre les objectifs assignés.

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